Mireille

N’ayant pas de place de parking attitrée, c’est toujours un peu le suspense lorsqu’il s’agit de se garer. Ce matin, je rentre chez moi le coffre rempli de denrées, et m’engage dans ma rue (qui est devenue une impasse car au bout de la rue se trouvent de gros blocs en ciments et deux guérites avec militaires, sacs de sable et barbelés, car à deux pas se situe la gendarmerie), avec l’espoir de trouver une place. J’en vois une, mais elle est affublée d’une brique, ce qui signifie qu’elle est réservée ou que c’est un stationnement interdit. A ce moment là, surgit une femme bouclée, rondouillarde en short noir, qui retire la brique et me donne des indications en arabe pour manoeuvrer. Je la remercie et illico elle me propose (en français) de venir boire un café chez elle.  » c’est ici, à main droite, je suis Mireille. Ta voiture a besoin d’une douche » (c’est juste). J’accepte et après avoir monté mes courses chez moi, je redescends la rue jusqu’à chez elle. Sa mère, 78 ans, me fait signe d’entrer, au fond du hall de leur immeuble, dans une petite cour, ventilée et remplie de plantes. Mireille commence par me décrire sa fratrie, leur réussite sociale, le nom de ses parents et leur région d’origine. Et en retour me demande de quelle famille je suis. Je ne suis pas sûre que les Cotinat soient célèbres au Liban, mais c’est l’usage ici. Elle est elle-même professeur de chant oriental au conservatoire, ce qui me surprend car elle est bègue. Elle parle à bâtons rompus, de la venue du Pape  » Benoît XVI vient au Liban, alleluia ! » dit-elle en levant les yeux vers le ciel, de Jacques Chirac qu’elle vénère tout autant que le Pape. En effet, c’est un bon ami de son médecin, et lorsque le dit médecin a perdu son père, J. Chirac en personne a fait retarder son avion de retour en France, pour lui porter ses condoléances, accompagné de « Madame Bernadette ». Elle parle avec enthousiasme dans un français un peu maladroit, ce qui renforce la  touche burlesque du personnage. Sa mère, assise face à moi, me sourit et me parle arabe. « C »est une sainte, elle garde toujours son chapelet dans sa main » me dit sa fille. Elle me demande si je suis de Paris. « non, de Bretagne ». Aussitôt elle me demande des nouvelles… de la reine. Je lui précise « Bretagne, pas Grande-Bretagne, dans l’ouest de la France », mais elle continue sur sa lancée.  » c’est une grande dame, et sa santé ça va ? ». « Ca va », lui rétorqué-je.

« Tu es chez toi ici, reviens quand tu veux » m’informe-t-elle quand je lui dis que je dois y aller. J’ai l’impression de sortir du cinéma en plein air, j’adore ça. Merci Mireille.

2 réflexions au sujet de « Mireille »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s