CONFESSION – Ghadi, le premier bébé libanais sans religion

Pour une fois qu’on évoque le Liban pour un évènement positif, je vous joins l’article du Monde sur ce premier bébé libanais sans religion. Ses parents ont été bien courageux de se battre pour se marier civilement l’année dernière, et dans la juste logique des choses, leur fils n’est pas étiqueté sunnite, chiite ou maronite dès ses premiers braillements.

Depuis plus d’une semaine, au Liban nord, à Tripoli, il y a des morts et des blessés, car se joue là-bas, à petite échelle, une représentation du drame syrien. Ce bébé sans religion apporte un bel espoir pour ce pays si déchiré par les origines religieuses et l’appartenance à un clan.

 

Ghadi Darwiche, né le 30 septembre 2013, est officiellement le premier bébé libanais sans appartenance religieuse, selon le quotidien L’Orient Le Jour. Si cette appartenance doit normalement figurer sur le registre d’état civil de tous les citoyens libanais, elle a été rayée de celui du petit Ghadi.

Et cela, grâce à ses parents, Khouloud Sukkarieh et Nidal Darwiche, les premiers à s’être mariés civilement au pays du Cèdre en novembre 2012. Si cette union n’a été reconnue qu’en avril 2013 par le ministère de l’intérieur, elle fait désormais jurisprudence.

Un événement historique pour un pays où cohabitent dix-huit confessions et qui jusque-là n’autorisait que les mariages religieux sur son territoire. Les mariages civils, quant à eux, étaient seulement reconnus s’ils étaient contractés hors des frontières. Pour faire plier les autorités, le couple a mis en avant un article de loi datant du mandat français qui stipule que les Libanais qui n’appartiennent à aucune confession peuvent se marier civilement. Khouloud et Nidal ont donc retiré de leur état civil la mention de leur religion – ils sont tous deux musulmans, elle est sunnite, lui, chiite.

« Le cas de Ghadi  devrait être un exemple » 

Un premier combat grâce auquel le couple a visiblement fait tomber quelques barrières, dans ce pays où le confessionnalisme régit tout, depuis les quotas imposés à la vie politique jusqu’aux règles sur le statut personnel. Car tout fut cette fois beaucoup plus simple : « Autant l’enregistrement de notre mariage s’était révélé un long parcours semé d’embûches, autant celui de notre fils était facile et rapide« , a témoigné lundi 28 septembre Nidal Darwich dans une interview à L’Orient Le Jour. Le papa précise ainsi que « les fonctionnaires savent désormais que tout ce qu‘[ils font] est légal » et qu’ils n’ont cette fois « fait face à aucun reproche de la part de représentants de l’administration ou de membres de [leurs] familles dans cette démarche ». « Mais il faut toujours davantage éduquer les fonctionnaires qui ignorent souvent la teneur d’une loi » rappelle Nidal Darwich.

Les parents sont convaincus que leur démarche simplifiera la vie de leur fils. « Ghadi n’aura aucun problème dans ses formalités futures, vu que tout a été fait dans le respect des lois. Il est libéré de toutes les contraintes religieuses. A mon avis, tout le peuple libanais est dans l’erreur et le cas de Ghadi est à prendre en exemple« , a-t-il ajouté. Un exemple dont le père fait largement la promotion sur son profil Facebook, où apparaît, au côté d’une photo du bébé, celle d’un état civil pas comme les autres.

« Nous avançons pas à pas (…)  Les choses évoluent à un rythme très lent » dit celui qui espère ainsi faire avancer la société libanaise. « Nous avons été combattus par les hommes de religion qui nous ont blâmés et exercé sur nous des pressions considérables, sans compter les menaces » et cela « sans le soutien d’aucun responsable politique ». Mais il est fier de confier que, depuis le leur, « plus de 10 mariages civils ont été contractés au Liban ».

 

 

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Je dis Aime

Lou Reed est mort hier, mais M. était lui bien vivant sur les planches du Music Hall ! Pas d’accords de paix au Liban nord hier, mais de beaux accords de guitare à Beyrouth ouest….Plutôt que Merkel, ici c’était la fratrie Chédid sur écoute et cela valait le détour. Après le retour aux sources de Wajdi Mouawad au printemps dernier, c’est M. qui venait pour la première fois à Beyrouth, sur la trace des ses ancêtres libanais. Soirée énergisante à souhait, idéale pour commencer une nouvelle semaine. Je vous la souhaite aussi grandiose que cette soirée.

petits enquiquinements du quotidien

Je devrais travailler ce soir, mais je sature et viens me délasser en vous causant un peu. Deux sujets de détente suprême dans cette bafouille, la banque et le téléphone.

La banque : nous avons un compte local sur lequel je dépose chaque mois les chèques gagnés à la sueur de mon front. Pour chaque chèque déposé, la banque me retire systématiquement 1500 livres, ce qui n’est rien en soi (environ 0,80 euros), mais me fait quand un même un peu tiquer. Sur ce compte, qui est moitié en dollars, moitié en livres libanaises (petit rappel, les deux monnaies coexistent), on verse en liquide des dollars pour payer le loyer (par chèque), dollars qu’on retire de notre compte en France. On ne peut retirer que 800 dollars par jour. Donc si on veut amasser les deux mois de loyer réclamés par le propriétaire en un versement, il faut anticiper. Et dans notre banque locale, que nous nommerons X, on ne peut pas déposer plus de 1000 dollars par semaine, sinon ils nous taxent de 5% ! Oui, vous avez bien lu, on leur donne du fric et ils nous le font payer ! Et bien entendu, pour toutes ces transactions décrites ci-dessus, il faut se déplacer. Point de poste, point de service au distributeur pour déposer mes chèques. Je dois donc très souvent retrouver Porcinet -c’est comme ça que je l’ai baptisé, il est tout rose-, au guichet de la banque X. Récemment, Porcinet était absent, son collègue ne voulait pas encaisser mon chèque car le compte est au nom de Richard…J’ai insisté, alors il m’a demandé d’écrire le prénom de mon compagnon au dos du chèque, et ce fut affaire classée !

Le téléphone : chez Alfa (le pendant d’Orange), tout, absolument tout, se paye. Pour laisser un message type : « bonjour, vous êtes bien sur le téléphone d’Ancé mais je ne suis pas disponible », vous devez débourser. Et le tarif est tellement démesuré, que dans mon entourage, je ne connais personne qui ait ce type de fonction. Parfois, il vous faut les appeler (ah, là, j’en conviens, c’est gratuit) : Outre les heures passées, à entendre en arabe, puis en français des publicités sur leurs nouvelles offres, et la petite musique abominable qui me donne des envies de meurtre, il arrive souvent que ça coupe. Ce matin, alors que je tentais d’expliquer ma situation ( je la fais courte, passage du prepaid au postpaid au prepaid. Vous ne comprenez rien ? c’est normal, moi non plus), on m’a raccroché au nez plusieurs fois. Vous me direz, j’ai la chance qu’ils parlent français et c’est vrai. Mais je me demande tout de même si ce ne serait pas plus simple en arabe….

C’est tout aussi prise de tête en France, je le sais bien. Mais tout de même, vive le courrier postal ! j’aurais pu vous parler aussi de EDL (l’électricité), quand, après l’été, vous retrouvez, collées sur votre porte, les factures de juillet et d’août, et comme vous n’étiez pas là, et bien il va falloir se déplacer pour régler tout ça…. mais ça c’est Richard qui se l’est coltiné….Imaginez l’absurde métier du type qui frappe à toutes les portes, les bras chargés de factures, entre 8 et 15 heures. Peut-être a-t-il une hotte et une longue barbe blanche ? Il frappe, désespérément, car parfois, même la bonne a le droit de sortir faire les courses ou promener le chien.

On n’est pas les plus à plaindre.

En passant

Ca y est, l’automne est arrivé ! Le soleil est bien là, perché dans un ciel toujours bleu, mais, ô joie suprême, le ronron des climatisations a disparu. L’air est doux, mais je continue à circuler les orteils à l’air. J’adore l’automne à Beyrouth, un peu de fraîcheur, mais  on ne ressort ni vestes, ni pardessus, ni chaussettes, tout ce qui retarde le matin avant l’école et qui encombre le lave-linge. il n’y a pas ce je-ne-sais-quoi de cafard, de flaques d’eau qui existait pour moi en France. Beaucoup de balades ces derniers temps le week-end, notamment dans une réserve, Jabal Moussa, dont voici quelques clichés. Aujourd’hui, je suis en mode veille, après quelques longueurs ce matin à la piscine, envie de glandouiller au logis, en écoutant de la belle musique.

Hier soir, je me décide à aller au cinéma de l’ALBA ( l’école des Beaux-Arts), dont le ciné-club fonctionne chaque vendredi soir. Petit doute quant à l’itinéraire à suivre. Bon an mal an, j’y parviens, après quelques bouchons de circonstance. Après le film, une fois dans ma voiture, j’étudie soigneusement le plan, car c’est plein de sens uniques et de grandes routes désordonnées dans le coin, je ne peux donc reprendre exactement la même route qu’à l’aller. Mais misère, une fois partie, me voilà embarquée je ne sais-où. Les rues sont peu éclairées, au bout d’un moment je n’ai plus aucun repère. A chaque fois que je m’arrête à un feu, je fais signe au conducteur d’à côté, pour lui demander ma route. Peu parlent anglais ou français. Au bout d’1/2 heure, je me rends compte que je suis à Bouchrieh, dans la banlieue est de Beyrouth. C’est sordide franchement, je commence à désespérer, je suis fatiguée par ma semaine et voudrais être chez moi, loin de ces lumières blafardes et de cette ambiance de polar inquiétant. C’est finalement deux jeunes Arméniens qui me sauvent, par des explications justes. Je rentre épuisée, avec la détestation de cette ville anarchique et tentaculaire. Tout est affaire de point de vue, dit-on.

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Alerte aux OVNI

Dimanche, bain de mer et douceur de vivre à Byblos, puis retour au bercail en milieu d’après-midi. Les enfants, tranquillement installés au salon font des origamis, tandis que je prépare mes cours. A un certain moment, des tirs, persistants, se font entendre à deux pas d’ici. Je me rassure, craintive que je suis, en me disant qu’il s’agit d’un mariage.

CLEMENT (faisant irruption dans mon bureau) – C’est quoi ces tirs ?

MOI (d’un ton ferme et assuré ) – Un mariage.

CLEMENT – C’est plutôt les rebelles syriens. Je vais chercher mon sniper. Vite Anouk ! cache-toi !

ANOUK – Vite, à l’abri mes poupées !

Ils se précipitent tous deux sur le balcon.

CLEMENT – Bouche-toi les oreilles !

ANOUK – Ca y est, on va les dégommer ! Il faut aussi tuer les Aliens !

CLEMENT – Alerte aux OVNI ! Alerte aux Aliens !