La Liberté guidant le peuple

indexCet après-midi, partie de memory au logis. Vous connaissez tous ce jeu, on retourne des cartes, et on doit faire travailler notre mémoire visuelle pour en associer le maximum de paires. Notre memory s’appelle « memory France », on l’a acheté à une Française qui quittait le Liban il y a deux ans, et le jeu, bien que complet, est usé jusqu’à la corde, ce qui  atteste de son succès. Il date (après vérification) des années 80, mais je le pensais venu des sixties. Des photos représentent la France, c’est cliché et désuet à souhait : en vrac, calissons d’Aix, timbres-poste, bouchon de champagne, vin, panneau des routiers, portrait de Gustave Eiffel sur fond de tour,  bouche du métro, pièces de 1 franc ou de 5 centimes, boîte à lettres jaune scellée au mur, brie de Meaux, boules de pétanques, Guignol, café-croissant, huîtres, borne kilométrique, gauloises, pastilles Vichy….

Anouk aime commenter ce qu’elle y voit. A plusieurs reprises, elle tombe sur l’une des reproductions du tableau de Delacroix La Liberté guidant le peuple, et s’exclame, déçue de ne pas obtenir les deux cartes à la fois « encore la Syrie ! mais où est l’autre carte de la Syrie ? ».

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En passant

Dans le centre de Beyrouth, un bassin d’eau, la statue de Samir Kassir, c’est ce qu’on appelle le jardin Samir Kassir. Le long du bassin court cette phrase : « Décidément, il pouvait se passer des choses à Beyrouth. Il s’en passera beaucoup plus que ce que quiconque avait pu imaginer. »

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Beyrouth retient son souffle

Ce soir, sortie pour nous, dans les escaliers Vendôme, à Mar Mikhael, chouette quartier de Beyrouth, pour assister au spectacle de rue d’un collectif nommé Kahraba ( électricité). Théâtre, marionnettes, danse, expo photos, contes, concerts, ces artistes sont polyvalents et proches des habitants du quartier. Cet escalier monumental, situé près de l’ancien cinéma Vendôme, qui participe au charme de ce coin, éclairé de lampions, bondé d’enfants, d’adultes, de Libanais et d’étrangers, fait plaisir à voir en ces temps troublés. Hassan, l’ami qui nous accompagne, nous explique qu’il a préféré fermer sa boîte de location de voitures, ouverte l’an passé, par peur d’un usage malencontreux (criminel) desdits véhicules. Il y a des gens dans les rues et dans les bars, on le constate aussi au retour, ce n’est pas si mort qu’on a pu le lire dans la presse, mais sans doute pas aussi vivant qu’en juin dernier.

L’article du Monde que je vous joins ce soir, me semble bien décrire l’atmosphère qui règne ici. La semaine à venir va être décisive. Pour la Syrie, bien entendu, mais pour nous aussi. L’école reprend mardi pour les enfants, et le lycée a été encerclé de gros blocs de béton, par mesure de protection, ce qui me laisse perplexe…

plus de UP que de DOWN

Quelques nouvelles, pour vous dire que la vie suit son cours ; piscine cet après-midi (bienvenue avec les 37° ambiants), confection d’un délicieux gâteau aux prunes, préparation de cours pour Richard, lego et puzzle pour les enfants, mais ce soir cela ne m’empêche pas de surfer sur le net, pour voir en quoi consiste une évacuation. On en parle ou on y pense, mais en fait, on ne sait pas vraiment comment ça se passe. Tout le monde est-il regroupé au sein de l’Ambassade ? part-on avec des bagages autres que de l’argent et les passeports ? part-on en avion ou en bateau ? a-t-on le temps de se retourner ou part-on dans l’urgence ? bref, cela reste flou et je me fais déjà tout un tas de scenari. J’essaye même de voir le côté plein de la bouteille, si cela devait se produire : apprendre le détachement, me recentrer sur l’essentiel, vous revoir mes amis !

Bref, ce petit mot pour vous dire que, malgré tout, le moral est bon.