Croquons dans la vie

Ce matin, 10h, rendez-vous chez la dentiste. Son cabinet se trouve face à l’hôpital militaire. La rue est « coupée » sur un tronçon avec un militaire « garde-barrière » qui laisse ou non passer les gens motorisés. Les piétons, eux passent tout le temps sans avoir à montrer patte blanche. Or, ce matin, j’aperçois une foule de soldats dans cette zone ainsi que des civils. Arrivée à la hauteur du bidasse, il me fait comprendre que je ne peux pas passer. Je lui montre mes dents et le bâtiment situé à 5m de là, où m’attend la torture dentaire. il refuse.On baragouine l’un et l’autre, qui en anglais, qui en arabe, mais le message est clair. Je lui demande  s’il y a un lien avec la mort des 12 militaires – 16 à l’heure où j’écris. Il acquiesce. J’insiste un peu, moi qui avais pris mon courage à deux mains pour aller me faire réparer une dent, je suis presque déçue, et inquiète aussi. Je rebrousse donc chemin et là, par chance, j’entends la dentiste me héler, elle est en retard. Grâce à sa présence, je peux passer et elle m’explique que lorsque des militaires trouvent la mort dans l’exercise de leurs fonctions, on ramène leurs corps ici, pour une cérémonie. Nous rentrons dans son cabinet, je m’installe, ultra tendue, elle me pique la gencive puis  me demande si je suis stressée, car le stress atténue l’anesthésie. Je me dis intérieurement  » allez ma vieille, détends-toi, la vie est belle, tout va bien en ce moment » car l’idée de sentir ce qu’elle va faire dans ma bouche, me donne envie de tourner de l’oeil. Compréhensive, elle me remet une petite dose et ça fait effet. De la rue on entend, la musique militaire, si solennelle, si triste aussi. Puis au moment de régler, je ne peux m’empêcher d’aller à la fenêtre, et là, du 4e étage où je me trouve, je vois les cercueils, les militaires  bien rangés comme les petits soldats avec lesquels mes frères jouaient enfants, et les proches éplorés. A tous les balcons, des gens, beaucoup d’entre eux essuient leurs larmes. La dentiste elle-même, secouée, remplie ma feuille de soins tout de travers…..Désolation de voir ce pays sombrer dans la violence.

La centrale électrique qui alimente mon quartier se trouve à Saïda, lieu de ces terribles affrontements, et du coup, hier pas d’électricité de l’après-midi -mais on avait le générateur. Le soir, noir absolu dans l’appart, les enfants couchés, Richard sorti, j’étais comme un lion en cage à essayer de trouver ces putains de bougies. Ce soir, ça semble recommencer, alors je poste vite ce billet pour vous.

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20130624-liban-combats-meurtriers-entre-armee-sunnites-saida

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