Sur le départ

Aujourd’hui, je voyage, comme on dit ici ! Promis j’emporte du soleil dans mes bagages, pour vous en faire profiter. Je quitte un pays sous tension certes, mais je quitte aussi un pays où les gens sont parfois si plaisants. Malak, mon primeur favori, chez qui je viens d’aller me fournir en aubergines, courgettes et tomates pour mon dernier repas ici, m’a tout simplement fait cadeau du lot ! Tant de gentillesse occulte le côté vide de la bouteille non ?

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Vive la Manche !

On pourra toujours évoquer les algues vertes qui parfois sévissent, ou toute autre pollution de littoral breton, moi je me réjouis à l’idée d’aller sauter dans la mer bretonne, si tonifiante, si excellente !

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/06/22/au-liban-les-eaux-de-baignade-sont-infestees-de-bacteries-faute-de-stations-d-epuration_3434814_3218.html

Croquons dans la vie

Ce matin, 10h, rendez-vous chez la dentiste. Son cabinet se trouve face à l’hôpital militaire. La rue est « coupée » sur un tronçon avec un militaire « garde-barrière » qui laisse ou non passer les gens motorisés. Les piétons, eux passent tout le temps sans avoir à montrer patte blanche. Or, ce matin, j’aperçois une foule de soldats dans cette zone ainsi que des civils. Arrivée à la hauteur du bidasse, il me fait comprendre que je ne peux pas passer. Je lui montre mes dents et le bâtiment situé à 5m de là, où m’attend la torture dentaire. il refuse.On baragouine l’un et l’autre, qui en anglais, qui en arabe, mais le message est clair. Je lui demande  s’il y a un lien avec la mort des 12 militaires – 16 à l’heure où j’écris. Il acquiesce. J’insiste un peu, moi qui avais pris mon courage à deux mains pour aller me faire réparer une dent, je suis presque déçue, et inquiète aussi. Je rebrousse donc chemin et là, par chance, j’entends la dentiste me héler, elle est en retard. Grâce à sa présence, je peux passer et elle m’explique que lorsque des militaires trouvent la mort dans l’exercise de leurs fonctions, on ramène leurs corps ici, pour une cérémonie. Nous rentrons dans son cabinet, je m’installe, ultra tendue, elle me pique la gencive puis  me demande si je suis stressée, car le stress atténue l’anesthésie. Je me dis intérieurement  » allez ma vieille, détends-toi, la vie est belle, tout va bien en ce moment » car l’idée de sentir ce qu’elle va faire dans ma bouche, me donne envie de tourner de l’oeil. Compréhensive, elle me remet une petite dose et ça fait effet. De la rue on entend, la musique militaire, si solennelle, si triste aussi. Puis au moment de régler, je ne peux m’empêcher d’aller à la fenêtre, et là, du 4e étage où je me trouve, je vois les cercueils, les militaires  bien rangés comme les petits soldats avec lesquels mes frères jouaient enfants, et les proches éplorés. A tous les balcons, des gens, beaucoup d’entre eux essuient leurs larmes. La dentiste elle-même, secouée, remplie ma feuille de soins tout de travers…..Désolation de voir ce pays sombrer dans la violence.

La centrale électrique qui alimente mon quartier se trouve à Saïda, lieu de ces terribles affrontements, et du coup, hier pas d’électricité de l’après-midi -mais on avait le générateur. Le soir, noir absolu dans l’appart, les enfants couchés, Richard sorti, j’étais comme un lion en cage à essayer de trouver ces putains de bougies. Ce soir, ça semble recommencer, alors je poste vite ce billet pour vous.

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20130624-liban-combats-meurtriers-entre-armee-sunnites-saida

Zelig

D’aucuns, parmi vous, ont noté que ce que j’écrivais ici, était de plus en plus « positif » au fil du temps. Comme partout – ah, l’arrivée en Auvergne, il y a 10 ans, avec son chômage et son désarroi – il faut un temps d’adaptation. Vous connaissez peut-être le film de Woody Allen, Zelig, drolatique personnage, qui tel un caméléon, s’identifie aux personnes qu’il côtoie au point de se métamorphoser (face à un noir, il devient noir, face à un Juif, ses bouclettes poussent…etc). Et l’homme d’affirmer : « c’est sécurisant d’être comme les autres ! je veux être aimé. » Tel Zelig, il semblerait que je me libanise ces derniers temps. Je n’arrête pas de sortir, mes nuits s’écourtent, mes cernes se creusent. C’est le mois de juin, des amis partent aux 4 coins du monde et l’ambiance est à la fiesta permanente. Discussions, cigarettes, vin, musique. Est-ce un moyen de conjurer la situation politico-maternelle ? Face à l’horreur de la violence et de la maladie, et à l’instar des Libanais, je m’enivre de vie.

Acoura

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Acoura

Dimanche, promenade au pays des pommiers, à 1600m. d’altitude. Figurez-vous qu’on a eu froid et que les polaires prêtées par nos hôtes étaient les bienvenues. Et puis, depuis le temps que je voulais « aller à la montagne », c’est chose faite, car nous étions conviés par des Libanais. Cette expression pour moi est un tel mythe ! Un bon bol d’air fort bienvenu, dans un cadre superbe.

Atmosphère

Je sais que les médias peuvent effrayer, parfois à tort, lorsqu’ils ne mettent en évidence que les problèmes. Le Monde publie quelques témoignages sur la situation ici – dont celui de votre humble serviteuse (il paraît que ça se dit…). Il me semble qu’ils traduisent assez bien l’atmosphère de ces derniers temps.

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/06/17/le-conflit-syrien-vu-du-liban-entre-inquietude-et-resignation_3431690_3218.html