Localisation

Cet article, issu de L’Orient le Jour, me semble bien révélateur du méli-mélo des noms de rues ici et fait écho à l’immense difficulté que j’ai parfois à me repérer dans la ville. D’ailleurs, avec le temps mon regard s’affine, mais au départ, bien souvent je ne voyais pas les magasins, qui sont pourtant souvent nombreux, autour de moi. J’avais eu la même sensation au Kazakstan ; sans doute mes critères de devanture, enseigne..etc ne sont-ils pas identiques d’un pays à l’autre….Je suis conditionnée par des repères inexistants ici. Et de plus, je suis une inconditionnelle du bon vieux plan, qui n’a guère sa place ici, tant ce qui est sur le papier diverge de ce qui m’entoure.

http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/780442/Dis-moi_ou_tu_habites.html

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Poubelles

Ici, comme vous le savez déjà, point de tri des déchets, verre, carton, papier, pépins de melon, tout ça se retrouve gaiement dans le sac poubelle. Ce que vous ignorez peut-être, c’est qu’il n’y a pas de poubelle au pied de chaque immeuble. On trouve de grandes bennes vertes au coin du pâté de maison, la gueule ouverte, qui attendent qu’on les nourrisse d’ordures. Les chats d’ailleurs y sont au paradis. Dès qu’on balance son sac, des miaulements jaillissent suivis des félins eux-mêmes, qui bondissent apeurés hors de la benne. Dans la plupart des immeubles on croise un gars ( éthiopien en général) en charge de récolter la merde de chacun et d’aller la jeter dans les bennes. L’an passé, nous habitions dans une petite maison ; nous ne bénéficions donc pas de ce type de service. Dorénavant, on peut avoir recours à celui-ci. Or, c’est peut-être là que l’incompréhension va surgir dans votre cervelle, je préfère faire sans. D’aucuns diront  » tu fais vivre un pauvre mec en lui procurant un salaire » (15000LL par mois, soit 8 euros). Mais, cet « homme sans nom »*, comme le dénommait le mec qui habitait dans l’appart avant nous, je ne puis raisonnablement lui donner mon sac de PQ souillé et puant (il fait encore très chaud) et lui demander de le descendre jusqu’aux poubelles. J’avoue, que oui, parfois, ça me fait bien chier d’aller vers ces bennes, qui ne sont pas toutes proches de chez moi, mais, ça peut paraître très con, j’ai l’impression de ne pas me transformer en ce que je déteste ici, l’adepte du  « service » dans tous les domaines. Cela permet aussi, de garder la tête sur les épaules ( et de se muscler les biscotos).

Bon pour finir mon blabla, je vous joins une petite photo, propagande ô combien hypocrite de la société Sukleen, celle des éboueurs. Le jour où je verrais ce type de femme avec un sac poubelle dans les mains, les Libanais seront tous athées ! (et en plus, un sac poubelle n’est jamais aussi propre autour de moi, jamais !)

*surnom terrible s’il en est !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Joyeux anniversaire Richard !

Demain je devais travailler à l’Institut, il sera fermé. Demain, je devais travailler au lycée, il sera fermé. Sur mon téléphone, je lis le texto suivant :

 » vu les réactions dans l’ensemble de la région à la vidéo  » The innocence of muslims  » et aux caricatures parues dans Charlie Hebdo, soyez vigilants dans vos déplacements, tenez vous éloignés des rassemblements, et des bâtiments sensibles (ambassades, lieux de culte) notamment vendredi 21.09  »

Demain soir, nous devions aller racheter du mobilier à une femme qui quitte le Liban. A partir de 17h la circulation va être déviée dans le centre-ville et autour, car un cheikh sunnite appelle à une manifestation contre le film cité plus haut. ( il faut bien faire comme le cheikh chiite, non ?)

Demain c’est l’anniversaire de Richard. Et si nous passions la journée aux fourneaux, cool raoul chez nous, et faisions un gros gueuleton le soir ? Pour fêter l’évènement, je me dis que je pourrais lui offrir un abonnement à Charlie Hebdo, ça lui permettrait peut-être de décompresser après ses (très) longues journées au lycée…

Atmosphère

Je pourrais vous parler des conséquences de la venue du Pape (librairies fermées, médiathèque fermée- « fais chier le pape », me dit Clément en larmes, rues sans vie dans le quartier) ou de ce fameux film qui met en colère les musulmans, mais en lisant la presse vous trouverez tout sur le sujet. Je pourrais aussi vous parler d’un de mes voisins qui pense que la venue de Pape c’est bullshit ; sa solution pour que la paix s’installe au Liban, qu’on ouvre des maisons closes.  » si tout le monde baise, finis les barbus » me dit-il…

Non, ce soir, je préfère juste vous partager un article paru aujourd’hui dans L’Orient le Jour, qui, je trouve, reflète bien l’atmosphère du pays.

http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/778190/Allez_comprendre.html

Mireille

N’ayant pas de place de parking attitrée, c’est toujours un peu le suspense lorsqu’il s’agit de se garer. Ce matin, je rentre chez moi le coffre rempli de denrées, et m’engage dans ma rue (qui est devenue une impasse car au bout de la rue se trouvent de gros blocs en ciments et deux guérites avec militaires, sacs de sable et barbelés, car à deux pas se situe la gendarmerie), avec l’espoir de trouver une place. J’en vois une, mais elle est affublée d’une brique, ce qui signifie qu’elle est réservée ou que c’est un stationnement interdit. A ce moment là, surgit une femme bouclée, rondouillarde en short noir, qui retire la brique et me donne des indications en arabe pour manoeuvrer. Je la remercie et illico elle me propose (en français) de venir boire un café chez elle.  » c’est ici, à main droite, je suis Mireille. Ta voiture a besoin d’une douche » (c’est juste). J’accepte et après avoir monté mes courses chez moi, je redescends la rue jusqu’à chez elle. Sa mère, 78 ans, me fait signe d’entrer, au fond du hall de leur immeuble, dans une petite cour, ventilée et remplie de plantes. Mireille commence par me décrire sa fratrie, leur réussite sociale, le nom de ses parents et leur région d’origine. Et en retour me demande de quelle famille je suis. Je ne suis pas sûre que les Cotinat soient célèbres au Liban, mais c’est l’usage ici. Elle est elle-même professeur de chant oriental au conservatoire, ce qui me surprend car elle est bègue. Elle parle à bâtons rompus, de la venue du Pape  » Benoît XVI vient au Liban, alleluia ! » dit-elle en levant les yeux vers le ciel, de Jacques Chirac qu’elle vénère tout autant que le Pape. En effet, c’est un bon ami de son médecin, et lorsque le dit médecin a perdu son père, J. Chirac en personne a fait retarder son avion de retour en France, pour lui porter ses condoléances, accompagné de « Madame Bernadette ». Elle parle avec enthousiasme dans un français un peu maladroit, ce qui renforce la  touche burlesque du personnage. Sa mère, assise face à moi, me sourit et me parle arabe. « C »est une sainte, elle garde toujours son chapelet dans sa main » me dit sa fille. Elle me demande si je suis de Paris. « non, de Bretagne ». Aussitôt elle me demande des nouvelles… de la reine. Je lui précise « Bretagne, pas Grande-Bretagne, dans l’ouest de la France », mais elle continue sur sa lancée.  » c’est une grande dame, et sa santé ça va ? ». « Ca va », lui rétorqué-je.

« Tu es chez toi ici, reviens quand tu veux » m’informe-t-elle quand je lui dis que je dois y aller. J’ai l’impression de sortir du cinéma en plein air, j’adore ça. Merci Mireille.