Sweet dreams

Je suis dans le noir ce soir, non rassurez-vous, il n’y a pas de coupure d’électricité, simplement, les moustiques ont un faible pour moi et je fais tout pour les éviter. Plus de 32° aujourd’hui, j’ai  passé une bonne partie du week-end dans l’eau. Je viens de consulter le Monde pour voir qu’en métropole vous étiez très nombreux à vous être abstenus de voter. Nous, les législatives, c’était le 3 juin. C’est marrant car je vote dans mon lieu de travail, et précisément dans les salles de cours où je partage notre belle langue. Pour les présidentielles, une minette de MTV m’a même filmée, en me posant toutes sortes de questions maladroites ou stupides, style  » ça fait quoi de voter à Beyrouth ? », ben c’est comme d’hab, hein, je choisis un petit papier, je me cache dans l’isoloir et  glisse le feuillet dans une enveloppe, puis au signal, je dépose le tout dans l’urne.

Je pense souvent à vous car j’ai l’impression de  vous négliger ces derniers temps. Plein de petites scènes me font penser  » ah, ça, ce serait sympa à partager sur mon blog » et puis je suis happée par le quotidien.

Alors ce soir, avant d’aller dormir, je pense aux ouvriers qui travaillent sur les chantiers. Vous savez que la ville respire au rythme des marteaux-piqueurs. Elle est truffée de bâtiments en construction, et de hordes d’ouvriers affairés, qui bossent dur. Il y a un « petit » chantier devant lequel je passe pour accompagner les enfants à l’école (on doit d’ailleurs souvent descendre du trottoir pour ne pas se prendre des pierres sur la tête ou parce qu’un gros camion est là qui enlève des gravats) et j’ai mis du temps avant de comprendre que ces mecs dormaient là, dans une cahute de fortune. En rentrant de mes cours du soir, je passe devant « chez eux » à la nuit tombée, et on aperçoit en effet,derrière des planches, des lits superposés, et des types dessus. Je n’ose porter un regard trop insistant dans ce cloaque, mais je suis certaine de ce que je vous dis là. Ailleurs on les voit boire un café sur une table de fortune au milieu de murs inexistants sur un sol en béton. Du linge sèche au vent sur un fil tendu entre 2 fondations. Je sais que beaucoup d’entre eux sont syriens, mais je ne sais pas grand chose de plus. Impossible de les aborder, mon arabe est plus que rudimentaire et en tant que femme étrangère, ce n’est pas simple. Je le regrette énormément car pour connaître un pays, c’est bien en parlant avec les gens qui y vivent et qui y travaillent qu’on le cerne un peu mieux.

Assaillie par un sinistre moustique ( le bzzzzz dans mon oreille, insupportable) je vais aller me réfugier ailleurs. Dormez bien, et pour les insomniaques de mon espèce, pensez à ces mecs dans leurs lits pourris et vous relativiserez. Sweet dreams !

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