« Beyrouth, absurde microcosme où aucun système n’est applicable »

http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/765886/Un_ete_pneumatique.html

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Corniche

A Beyrouth, la corniche est un endroit que j’adore.Tout d’abord, elle surplombe la mer et cet élément naturel au milieu de tant de béton ne peut être que bienvenu. Et puis, c’est là aussi que je me réconcilie avec cette ville, quand elle me fait trop chier, que je ne la supporte plus. C’est un endroit ouvert à tous, où tout le monde, jeunes, vieux, riches, pauvres, chrétiens ou musulmans, libanais ou étrangers, se ballade. Les familles flânent, les gourmands mangent des glaces, les joggeurs courent, les vendeurs (de pain, de jouets, de jus d’orange, de café, de barbe-à-papa…) hèlent le passant, les soldats respirent l’air du large, les gens s’attardent face à l’immensité. En contrebas, sur les rochers, des nuées de gamins se baignent et des familles entières descendent, avec tout leur attirail. Et les plus téméraires sautent ou plongent du parapet sous les yeux ébahis des badauds.

Bouchons

Pauvres Franciliens ! J’apprends ce matin dans Le Monde qu’ils perdent 58 heures par an dans les embouteillages et que c’est entre 17h et 18h que la situation au volant est la pire… Heureusement qu’à Beyrouth on n’a pas de tels moyens pour calculer le temps passé dans son véhicule, car, je suis sûre qu’avec des chiffres sur le sujet il y aurait plus d’un suicide….. Je n’ose imaginer le temps que l’on perd au volant, au milieu des gaz puants et des coups de klaxons intempestifs sous une chaleur de plomb… et avoir un créneau horaire indicateur est une chance inouïe car si on a la possibilité de modifier son heure de « voyage » ( on dit ici  » ce week end, j’ai voyagé à la montagne », à 20 km de Beyrouth par exemple) à Paris, on limite la casse. A Beyrouth, à moins de rouler la nuit, on  rencontre perpétuellement ces bouchons. Mais restons optimistes, comme le dit si bien Maya Zangoul, l’auteure d’une BD que je lis actuellement « we all complain about not having enough time… I used to complain about not having enough time to read. But then I thought what blasphemy ! in Lebanon, all it takes is having the book with you & dead time will work itself out ! » Et d’évoquer diverses situations, dont celle des bouchons ou celle qui suit…. (ma photo n’est pas terrible, il faut lire « utube » en haut à gauche).

Plages

Réjouissez-vous, aujourd’hui c’est l’été ! et la fête des pères ici, et la fête de la Musique ici et chez vous ! Bon, nous, on est contents car le thermomètre baisse, 29°, voilà qui est raisonnable, car les 39° de la semaine passée, avec des nuits sans sommeil où l’on sent chaque pore de sa peau s’ouvrir, et où la pollution est à son paroxysme, ce n’est plus d’actualité. Logiquement que fait-on le week-end, on se met à l’eau. Nous, on est allés une fois à la plage et 1000 fois à la piscine. Je l’ai dit et je le répète, l’accès à l’eau de mer est hors de prix et me révolte. Je lis ce matin cet article de l’Orient le Jour, qui montre que les propriétaires des plages se désolent de la baisse de la fréquentation de leurs installations. Moi je me demande qui sont ces propriétaires, qui leur a attribué cette portion de sable et de mer ? Comment diable peut-on être propriétaire d’une plage ???

Par peur de la situation instable du pays les plages sont moins fréquentées. L’article ne parle pas de ristournes à cette occasion, dommage. Il est vrai que les pneus brûlent dans ce pays pour un oui pour un non. Tenez, il y a quelques nuits, j’étais debout vers 3h. Outre la touffeur ambiante, c’est une odeur de plastique brûlé qui m’a réveillée. Je suis allée voir dans la cuisine, rien, cela venait de l’extérieur, les fenêtres étant grand ouvertes, et comme nous sommes sur une colline, le vent charriait ce doux parfum. Le lendemain, en cours, cela m’a été confirmé par mes stagiaires. Les employés de EDL (Electricité du Liban) manifestaient leur mécontentement. D’ailleurs, à cause des embouteillages que cela a généré, je n’avais quasiment personne en cours. Mes stagiaires étaient en colère, car ils ont des coupures d’électricité 12h/ jour et leurs générateurs ne suffisent pas. Moi, dans mon quartier de privilégiés, je n’ai pas ce problème (seulement 3h de coupure par jour), mais ailleurs les gens souffrent et en ont marre. Bon, c’est pas l’tout, tant qu’il me reste de l’eau, je vais aller prendre une petite douche rafraîchissante ( on ne branche plus l’eau chaude). Petit conseil d’amie, prenez un parapluie si vous sortez, hein, vous pourriez en avoir besoin !

http://www.lorientlejour.com/category/%C3%80+La+Une/article/764777/Les_plages_libanaises_sauront-elles_resister_a_la_vague_des_revolutions_arabes_.html

Relativité

Beyrouth : ville la plus chère du Moyen-Orient

Beyrouth est arrivée en tête des villes les plus chères du Moyen-Orient pour les expatriés en 2012, selon une étude du cabinet de conseil en ressources humaines Mercer.

La capitale libanaise progresse ainsi de huit places par rapport à la précédente étude et se classe 67e au niveau mondial sur 264 villes incluses dans l’étude du cabinet britannique.

Dans son étude qui prend pour référence la ville de New York, le cabinet se base sur le coût du transport, de la nourriture, de l’habillement, des loisirs, des appareils ménagers et du logement.

Abou Dhabi, ville la plus chère du Moyen-Orient en 2011, chute à la deuxième place régionale et à la 76e mondiale. Le coût de la vie a aussi baissé à Dubaï, l’émirat rétrogradant de la 81e à la 94e place mondiale.

Les Emirats arabes unis restent cependant le pays le plus cher du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

d’après L’Orient le Jour

Ceci dit, il faut apporter quelques nuances selon moi à ce constat. S’il est malheureusement vrai que se loger constitue une ruine à Beyrouth, il me semble que sous beaucoup d’aspects, tout dépend aussi de vos choix de vie.

Le transport : effectivement un gros 4×4 coûte la peau des fesses et un certain nombre de Libanais n’hésite pas à s’endetter pour l’achat d’un de ces veaux tape-à-l’oeil ( si vous saviez combien de fois, en cours, j’entends le mot « prestige » au sujet de la bagnole ou de la maîtrise de la langue française, c’est de la folie !), mais le mini-bus collectif coûte 1000 Livres Libanaises (soit environ 50 centimes d’euros).

La nourriture : pardon de vous narguer mes amis, mais c’est la belle période des cerises, pêches, abricots, prunes, fraises et autres délices à des prix 2 ou 3 fois moins élevés qu’en France. Certes, un camembert de base doit coûter autour de 7 euros, mais de toute façon ici on ne trouve ni Salers ni Fourme d’Ambert, alors autant goûter au très bon kashkaval local… en revanche, il est clair que le vin, lui, le traître, n’est pas vraiment bon marché…je me réjouis de rentrer bientôt en France, pour trinquer avec vous…

L’habillement : il est vrai qu’un tailleur Chanel ou un costume Dior ne sont pas donnés, comme partout ailleurs. Bon, sans bon vieux décathlon pour les enfants, c’est pas facile facile tous les jours, mais on se débrouille.

Les loisirs : certes, là je risque de radoter, je ne supporte pas de payer l’accès à la plage. Le montant est souvent exorbitant.. et toute activité sportive ou autre vaut son pesant d’or. Point de piscine municipale ou de maison de quartier (le taï-chi, on oublie). Seuls les clubs privés drainent leur lot de privilégiés. Mais voyons le côté plein de la bouteille, le cinéma n’est pas si cher, le théâtre ou les spectacles en général me semblent aux mêmes tarifs qu’en France. Et le baby-sitting est aussi moins cher ici.

Les appareils ménagers : là, je ne suis pas spécialiste. On a un équipement très limité, mais le prix du lave-linge ou du lave-vaisselle est tout de même similaire au prix français. La télé, le micro-ondes, le sèche-linge ( quelle rigolade ici) n’étant pas de mon monde, je suis sans doute mal placée pour faire des commentaires…mais je reste sceptique. Si dans cette rubrique est inclus le mobilier, alors oui, c’est cher, mais parce qu’il n’existe pas vraiment d’alternatives aux gros magasins d’après ce que je sais (ah, le bon vieil Emmaüs de Puy-Guillaume). Quant au téléphone portable (est-ce un appareil ménager ?), ne me posez pas de question sur cet engin indispensable à mes concitoyens, cela n’a jamais été mon fort.

Pour nous, le gouffre financier au Liban, c’est le loyer et les écolages des enfants (vive la bonne vieille école publique !). Mais en fait, sommes-nous des expatriés ? oui dans le sens où nous vivons hors de France, mais non dans le sens où notre statut est le même qu’en France. L’enrichissement est ici culturel, c’est bien là que réside l’intérêt à passer les frontières, évidemment.


Sweet dreams

Je suis dans le noir ce soir, non rassurez-vous, il n’y a pas de coupure d’électricité, simplement, les moustiques ont un faible pour moi et je fais tout pour les éviter. Plus de 32° aujourd’hui, j’ai  passé une bonne partie du week-end dans l’eau. Je viens de consulter le Monde pour voir qu’en métropole vous étiez très nombreux à vous être abstenus de voter. Nous, les législatives, c’était le 3 juin. C’est marrant car je vote dans mon lieu de travail, et précisément dans les salles de cours où je partage notre belle langue. Pour les présidentielles, une minette de MTV m’a même filmée, en me posant toutes sortes de questions maladroites ou stupides, style  » ça fait quoi de voter à Beyrouth ? », ben c’est comme d’hab, hein, je choisis un petit papier, je me cache dans l’isoloir et  glisse le feuillet dans une enveloppe, puis au signal, je dépose le tout dans l’urne.

Je pense souvent à vous car j’ai l’impression de  vous négliger ces derniers temps. Plein de petites scènes me font penser  » ah, ça, ce serait sympa à partager sur mon blog » et puis je suis happée par le quotidien.

Alors ce soir, avant d’aller dormir, je pense aux ouvriers qui travaillent sur les chantiers. Vous savez que la ville respire au rythme des marteaux-piqueurs. Elle est truffée de bâtiments en construction, et de hordes d’ouvriers affairés, qui bossent dur. Il y a un « petit » chantier devant lequel je passe pour accompagner les enfants à l’école (on doit d’ailleurs souvent descendre du trottoir pour ne pas se prendre des pierres sur la tête ou parce qu’un gros camion est là qui enlève des gravats) et j’ai mis du temps avant de comprendre que ces mecs dormaient là, dans une cahute de fortune. En rentrant de mes cours du soir, je passe devant « chez eux » à la nuit tombée, et on aperçoit en effet,derrière des planches, des lits superposés, et des types dessus. Je n’ose porter un regard trop insistant dans ce cloaque, mais je suis certaine de ce que je vous dis là. Ailleurs on les voit boire un café sur une table de fortune au milieu de murs inexistants sur un sol en béton. Du linge sèche au vent sur un fil tendu entre 2 fondations. Je sais que beaucoup d’entre eux sont syriens, mais je ne sais pas grand chose de plus. Impossible de les aborder, mon arabe est plus que rudimentaire et en tant que femme étrangère, ce n’est pas simple. Je le regrette énormément car pour connaître un pays, c’est bien en parlant avec les gens qui y vivent et qui y travaillent qu’on le cerne un peu mieux.

Assaillie par un sinistre moustique ( le bzzzzz dans mon oreille, insupportable) je vais aller me réfugier ailleurs. Dormez bien, et pour les insomniaques de mon espèce, pensez à ces mecs dans leurs lits pourris et vous relativiserez. Sweet dreams !