Un verre de vin, je me sens bien

Moi qui vous parlais, il y a quelques jours de mon rapport au travail, voici pour vous, en exclusivité, l’anecdote du jour. A 18h pétantes, en cette fin de journée, je franchissais l’entrée de ma classe, dans l’optique d’un nouveau cours avec de nouveaux apprenants (c’est le mot généralement employé, je ne l’aime pas trop, mais ne sais par quoi le remplacer. Vos suggestions sont les bienvenues). Un 1/4h auparavant, c’était l’effervescence totale à l’accueil de l’institut français. La ruée vers le français. Moi, je veux m’inscrire, moi ! On était 4 profs à débuter un nouveau cours ce soir. J’ai donc franchi le pas de la porte, allumé la classe et pour passer le temps ai effacé les restes du cours d’arabe précédent, arabesques bien agrippées au tableau…Bref, je me suis installée, en attente de ces nouvelles têtes. La nuit était tombée, j’étais sous mes néons, j’ai compté les fauteuils bleus, 15, vous savez ceux qui ont une planchette pour écrire, qui se rabat sur le côté droit, et qui ne sont jamais destinés aux gauchers, ce qui fait que, après 3h de cours dans ce type de contenant, vous vous levez la colonne vertébrale toute tordue, et le bras gauche et le cou carrément endoloris (amis gauchers levons-nous !). Parfois des pas retardataires galopaient dans le couloir et mon coeur bondissait, boum, boum, de joie. Ils s’arrêtaient chaque fois dans la classe d’à côté et j’entendais toc, toc, toc à la porte.

Au bout d’une demi-heure, j’avoue que je déprimais sec. Sur les murs de la classe, 3 photographies, symboles de notre bonne vieille France : le viaduc de Millau, le TGV et le centre spatial Kourou, en Guyane. Le cours que je m’apprêtais à donner portait grosso modo sur les représentations que les étrangers peuvent se faire de la France, et comment, humblement les nuancer. Avec ce décor, je me suis demandée de quoi j’étais censée parler. Et puis, parmi les collègues voisines, j’étais la seule diplômée de FLE et exerçant ce métier depuis aussi longtemps. Enseigner le français, en fait, c’est donné à tout le monde. C’est simple, il suffit d’être francophone. La reconnaissance de ce boulot, je le sais depuis longtemps est quasi nulle, mais pire à mes yeux, devient prof de FLE qui veut. Je suis sans doute naïve, puriste ou idéaliste, mais j’avais un peu la rage tout de même, en entendant la voix pointue de la minette d’à côté qui sort de la fac de droit ar-ti-cu-ler comme si elle parlait à des martiens.

Et puis, ok, on ne fait pas du social là où je travaille, mais certaines de mes collègues font ça pour passer le temps, entre leurs activités sportives ou leur voyage en Jordanie, à Bruxelles ou à Paris pour faire du shopping, car faut pas déconner quand même, ici c’est pas la France. Elles gagnent leur argent de poche, quand moi je pense à financer la scolarité de mes enfants (2500 euros pour 2, de janvier à mars). Bref, après 45mn à ressasser ce genre d’idées, je suis rentrée chez moi. Sur le chemin du retour, je me suis arrêtée chez Jean-Charles, une épicerie fine tenue par un bon franchouillard, dans laquelle je n’avais encore jamais mis les pieds. J’ai acheté du vin, j’avais besoin d’un remontant, je me suis fait ce cadeau. Et le Jean-Charles en question, m’a offert, ô magie, un camembert de Normandie. Du baume au coeur en boîte !

La certitude ce soir, c’est que je retournerai chez Jean-Charles.

 

Une réflexion au sujet de « Un verre de vin, je me sens bien »

  1. Du pinard, du calendos…toi qui t’apprêtais à nuancer les clichés: bravo!!!
    Mais, bon cliché ou pas on n’a pas trouvé mieux pour se remonter le moral sauf…un petit air d’accordéon! Allez, je lève mon verre à ta santé…viens boire un p’tit coup à la maison!

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